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Le sentier que j'avais pris la veille
au soir s'effaça bientôt et je continuai à
grimper sur l'herbe desséchée et rare, en suivant
une rangée de bornes semblables à celles qui m'avaient
conduit à travers le Goulet.
(
) Derrière moi, au nord, la vue sur le Gévaudan
devenait à chaque pas plus étendue. C'est à
peine si l'on apercevait un arbre ou une maison sur ces montagnes
sauvages qui se déployaient au nord, à l'est et
à l'ouest, toutes bleues et or dans la brume lumineuse
du matin.
(...) Bien que j'eusse
longtemps attendu ce moment, je fus tout à fait surpris
lorsque mes regards découvrirent l'horizon par-delà
le sommet. Je fis un pas qui ne semblait pas plus décisif
que tant d'autres qui l'avaient précédé,
et "comme l'intrépide Cortez quand, avec ses yeux
d'aigle, il regarda le Pacifique", je pus croire que j'allais
prendre possession d'un nouveau monde. En effet, au lieu de la
pente herbeuse que j'avais gravie si longtemps, je contemplais
maintenant le ciel vaporeux et, à mes pieds, un enchevêtrement
de montagnes bleues.
Les monts Lozère courent à peu près de l'est
à l'ouest, coupant le Gévaudan en deux parties inégales.
Leur point culminant, ce pic de Finiels sur lequel je me trouvais
alors, s'élève à plus de cinq mille six cents
pieds au-dessus du niveau de la mer et par temps clair, la vue
s'étend sur tout le bas Languedoc jusqu'à la méditerranée.
J'ai entendu des gens qui prétendaient avoir vu, du haut
du pic de Finiels, des voiles blanches qui cinglaient vers Sète
et Montpellier. Derrière moi, au nord, s'étendait
la région montagneuse que ma route venait de traverser,
peuplée d'une race pesante, pays sans vastes forêts,
sans pics grandioses, fameux seulement dans le passé par
ses loups légendaires. En face de moi, à demi voilée
par la brume ensoleillée, s'étendait un nouveau
Gévaudan, varié, pittoresque, célèbre
par ses luttes épiques. On peut dire que j'étais
dans les Cévennes au Monastier, et tout le long de mon
voyage. Mais, au sens strict du mot, seul le pays accidenté
et hérissé qui s'étendait à mes pieds,
méritait ce titre et c'est à lui que le réservaient
les paysans. Ce sont les Cévennes par excellence : les
Cévennes des Cévennes...
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